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Mercredi 01 décembre 2021 à 06h20

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« Nous dans l'temps...... » Avec l'ours, plus d'une fois par jour, pour oui ou pour un non, ou pour rien du tout, on se dit ça « Nous, dans l'temps.... » On est devenu des vieux cons, des ronchons, des largués de la modernité. « On n'avait qu'une orange pour Noël ». On dit ça mais on avait un peu plus grâce aux colis de Noël des Chantiers de Bretagne à Nantes. Ne cherchez pas les Chantiers, ils ont été fermés dans les années 80, sur l'île de Nantes . De nos jours, sous la vaste structure métallique, stationne un éléphant. On ne s'étonne plus de rien, mais on n'oublie pas pour autant les foules enthousiastes qui, lorsque la marée était haute, assistaient au lancement d'un grand navire dans le bassin de la Fosse. Grâce à ces gros bateaux on avait des petits cadeaux à Noël. Les bateaux et les jouets étaient faits en France. Les oranges venaient des pays chauds, « des colonies » comme on disait. Nous étions des enfants, nous ne savions pas....nous ne savions rien. Une orange à Noël, c'était avant guerre. Quelle guerre? Peu importe, à l'époque on parlait sans cesse de la guerre, de celle des grands parents qui devait être la dernière et qui avait été Grande, de celle des parents qui avait vu les Boches occuper le pays et rationner le pays, on avait encore des tickets dans le tiroir de la cuisine. « Mange donc, c'est toujours ça que les Boches n'auront pas! » qu'elle disait la mère. « Dans l'temps.... » C'est du Hugo dans les Misérables, du Zola dans Germinal. Nos parents et nos grands parents avaient vécu « comme dans les livres ». Ils n'avaient qu'une orange pour Noël. Et le temps passa. L'ours et moi nous sommes encore là. Il nous a fallu nous adapter. Nous avons presque réussi, mais de temps en temps nous faisons une petite rechute dans la nostalgie, le temps de regarder une orange, sans se presser. Ce n'était pas mieux qu'aujourd'hui « dans l'temps », c'était tout simplement différent. Denise et Jean, nos voisins, venaient de se marier. On avait des petits logements. On n'avait pas le confort moderne mais on avait la vie devant nous et les cargos venus du bout du monde étaient amarrés le long des quais du port. Quand le vent était à la pluie ça sentait le biscuit. Et De Gaulle arriva. Bisous