Mercredi 11 novembre 2020 à 09h56

Jour 13 Aujourd'hui 11 novembre. L'ours est allé chercher la photo du grand père Alfred qui a fait la Grande Guerre, en est revenu blessé et malade. A peine le temps de faire un enfant à Marie la lingère du château du marquis de Ternay et il est mort. Sacré coup de bol....il s'en est fallu de peu que mon père ne soit pas fait ....et par conséquent moi non plus! À quoi ça tient une vie? Une vie! C'est mortel une vie! Ce matin j'ai entendu dans le poste qu'il devait rester dans la zone des combats autant de corps de soldats inconnus que de mètres que mesure la ligne de front. Cette image d'une frontière invisible de sacrifiés oubliés me fait mal. J'en ai parlé avec l'ours. Faut bien que je lui parle de ce qui me peine. Nous sommes confinés tous les deux dans l'appartement. Stevenson a écrit son voyage dans les Cévennes avec un âne, je me contente d'écrire mon voyage immobile dans un appartement avec un ours en peluche. L'âne de Stevenson était une ânesse alors que mon ours est un ours. Et je l'aime. On a les voyages qu'on peut. L'ours m'a écouté. Il prête toujours une oreille attentive ( et même deux oreilles poilues!) à mes propos. Mais il ne dit mot. L'ours est « taiseux ». Il est intéressé par la photo de « feu » grand père qui était dragon dans la cavalerie. Je ne sais rien de la vie de ce soldat. J'aurais du interroger sa veuve. Je le regrette maintenant que je suis arrivé à l'automne de ma vie. On ne pose jamais assez de questions. Si vous le pouvez, même masqués, n'hésitez pas à raconter aux petits enfants l'histoire de votre vie et répondez toujours aux questions qu'ils vous poseront. C'est ce que fait Denise, la plus jeune de mes lectrices. Elle a 1000 fois raison! Je n'ai rien lu de Maurice Genevoix dont les cendres vont entrer au Panthéon ce soir. Je promets que j'irai acheter « Ceux de 14 » quand on rouvrira la librairie de la rue de la Fosse qui se trouve au delà du rayon de 1km de notre appartement. Quand? Bisous.