Jeudi 07 mai 2020 à 06h14

Alors , on regardait les bateaux.....
Confiné avec l'ours dans l'île de Nantes. Chaque matin, depuis près de 8 semaines « je me suis levé de bonne heure » comme Marcel Proust, mais sans son talent d'écrivain. Faut dire qu'à la différence du dandy à moustache je ne me lançais pas « à la recherche du temps perdu » mais plutôt ( comme le chien) « à l'envie de faire passer le temps ».
Et le temps a suivi son cours comme le fleuve Loire a suivi le sien, inexorable. Les rides d'ennui se sont creusées sur ma vieille tête, les cheveux ont poussé sur ma vieille tête, les idées se sont embrouillées dans ma vieille tête. On est tous des Balkany!
La Loire, comme notre moral à l'ours et moi, a connu des hauts et des bas, en fonction de l'onde des marées. C'est un phénomène bien étrange à observer que celui qui se traduit par une inversion du sens du courant, de l'aval vers l'amont. Ça aide bien les civelles mais ça emmerde les saumons. Pense à ça toi, le « joggeur » ( ce mot est des plus laids qu'il me soit donné de prononcer) qui va essayer de perdre les kilos que tu as gagnés à force de bouffer n'importe quoi , en regardant n'importe quoi et en écoutant n'importe qui devant ta télé pendant 8 semaines!
Il est loin le temps où Anne, reine de France, venant d'Amboise, descendait le fleuve sur une gabare jusqu'au fier château construit par son père François II. Où sont les bateaux? Il est loin le temps où des navires quittaient le quai de la Fosse pour se livrer au plus horrible commerce qui soit, la traite négrière. Où sont les bateaux? Il est loin le temps où le Belem, fier de ses trois mâts ( moi j'en ai qu'un....) allait affronter les eaux tumultueuses du Cap Horn pour remonter vers le Chili.( j'ai pas dit « con carne »!) Où sont les bateaux?
Les bateaux qui glissaient vers le fleuve les soirs de lancement qui faisaient la fierté des gars de Dubigeon ou de la Bretagne, en bleus de travail, le kilo de rouge dans la musette, sur des vélos bricolés pour rentrer vite fait chez la bourgeoise, dans le bas de Chantenay. « En veux tu toi, des p'tits pois d'Chant'nay ?».
Si vous n' êtes pas d'ici, je sais que l'ours et moi nous vous avons perdus depuis longtemps. Mais au réveil ce matin on a eu comme un vieux coup de nostalgie. Notre espace vital a été tellement réduit depuis plus de 50 jours que nous nous sommes promenés dans l'infini du temps passé. Pas d'attestation dérogatoire pour écouter la douce musique des souvenirs aux couleurs de l'enfance.
Si vous le pouvez, juste pour vivre un instant qui peut être vous en dira plus que toutes les controverses à propos des princes qui nous gouvernent, essayez de regarder la séquence surréaliste filmée hier où Manu, en bras de chemise, avec deux verres d'eau devant lui, part dans un délire absolu à propos de jambon, de fromage, de Robinson Crusoe, « d'utopie concrète » en se passant la main dans les cheveux, de chevaucher le tigre etc etc..Faites ça, et plus jamais vous n'oserez dire que l'ours et moi on dit des conneries!
Et puis ....si vous n'en avez pas encore assez des conneries, écoutez Doudou ce soir à 16h. On ne sait jamais !